La belle était de taille à vous détourner de tous les Carmels. Le ciel érotique ouvert, elle engloutissait tout autour d’elle comme un trou noir de séduction, ondulante comme un serpent qui veut vous faire mordre dans la pomme. Un péché ambulant.
La grande bouche vide du chaos lovée dans l’enfer de ses cuisses me dévastait les instincts. Une sorte de Deus-absconditus qui baillait avec spasmodie comme une huître qui hurlait l’envie et, par la fissure qui s’ouvrait, ce grand gosier révélait la perle pour le pourceau, la toison d’or pour le héros. Un courant d’air de musc et de crevettes s’exhalait. Moi, naïf et sale de curiosité, déjà à gambader dans ses effluves en quête d’aventures…
Un voyage en absurdie, soumis à la pression insoutenable des passions et de l’érotisme, jouant de calembours lyriques et autres divertissements stylistiques.
Ce texte met en scène dans une dramaturgie paroxysmique les passions et les vices des hommes, leurs coups de sang, les dégâts occasionnés et leur purgation expiatoire. Différents tableaux décrivent dans un décor dantesque des personnages romanesques, hauts en couleur, teintés d'humour et de gouaille rabelaisienne, voire submergés d'amour et d'érotisme. Un voyage en absurdie dévasté par le monde obscène de l'éros.
L'écriture est exaltée à l'extrême. Le goût du verbe omniprésent. La plume vigoureuse, jouant de calembours lyriques et autres divertissements stylistiques. Avec une prose enflammée et incantatoire, le verbe chante une sorte de chant allégorique et érotique où la bête à Bon Dieu est loin d'être une coccinelle...
Il s'agit d'un homme. Il n'a qu'une arme magique : son muscle mâle. Sa vie est un théâtre. On n'y joue qu'une seule représentation : LA MAMAN, LA PUTAIN, ET LE PETIT COCHON. Que du karmique. Dieu est le régisseur du théâtre, il compte les points et attend l'inéluctable.
Confronté à ces deux archétypes ennemis, la « maman » et la « putain », notre homme, qui reste désespérément peccable à l'image de la plupart des autres hommes, succombe par déterminisme aux joies et aux affres de la transgression, donc aux secousses de la viande jusqu'au délire érotique. Voici l'enjeu diabolique de la tentation ; sûrement les atours du « piège » pour creuser les instincts jusqu'à l'idéal.
C'est d'un côté la « louve » satanique, avec ses appeaux impudiques, sa gloutonnerie, cette putain de lubricité irascible qui n'attend que complies pour grignoter l'agneau divin. Dont le corps est une matière facile et vibrante, ondulante comme un serpent qui veut vous faire mordre dans la pomme. C'est la maîtresse interdite, la femme des grandes apocalypses, qui incarne le canal de la prostituée.
C'est d'un autre côté l'épouse légitime dans le rôle de la « maman », qui symbolise une sorte de « matrona honesta et pudor » qui par tous les moyens prostituables défend l'ordre établi et castrateur, au risque de se perdre.
Dans ce récit symbolique, les femmes conduisent l'intrigue en reines phalliques, rivalisant de séduction et d'envoûtement pour conserver le monopole de l'utérus. C'est une histoire de bonnes femmes au cul percé et à la toison humide, infestées de mille démons, dans lequel notre héros quasi métaphorique, divagant d'orgies et d'extravagances pour coïts exaltés, se retrouve englouti dans une relation d'anéantissement jusqu'à la purgation salvatrice.
L'unité de lieu se situe dans l'ordinaire du vécu, un univers à la six-quatre-deux abandonné aux vices abrasifs et cyniques d'un idiot égocentrique dont les interventions déclenchent les bas-fonds de la personnalité, les péchés capitaux rampants.
Tel un coup de théâtre, les renversements sont inattendus, magiques, et inéluctables, puisque chacun est conduit par où il pèche, terrassé dans ses propres perversités aux confins de l'excès, tout près de Dieu. Finalement, ce conte de fées, embrumé d'un subtil voile de sperme vaporisé, se termine comme il avait commencé, sur une condition engloutie.
Traçant une voie qui irait vers la liberté, par excès de liberté dans la licence et, par plaisir retourné, dans la mystique de soi, l'homme peut surgir à l'horizon de l'Autre, où l'Autre n'est que le tragique sosie qui lui renvoie un plaisir redoublé en écho. Dieu. La Chute à l'histoire.
Même si l'amour reste l'unique certitude, une fondamentale de vie, ce morceau de vérité demeure souvent la révélation de deux solitudes qui généralement se suffisent à elles-mêmes, comme un vain jeu de miroir. Souvent encore, comme le revers d'une peau de chagrin, il peut être subversif selon l'usage, parce que création et destruction se fondent dans l'acte d'amour comme deux vrais jumeaux. Chaque passion fait vivre et croître. Engage et détruit toujours. Heureusement pour les Autres, le bouc est là comme un agneau, en l'absence de ses frères, né sans espoir ni terreur, pour assumer le châtiment d'avoir été créé pour le meilleur de tous, uniquement pour cette vilaine chose.
Comme disait Thomas d'Acquin, définissant Satan, la « bête » se justifie par ce que Dieu veut en faire, et ce, quelle que soit sa nature : sacrifiée, tentatrice ou animale, En fait, si la bête est à bon Dieu, elle est avant tout à son service un formidable « moyen » de rédemption.
"La bête à bon dieu" - Chants érotiques Editions BSC PUBLISHING 224 pages 18 €
Albert CHAMPEAU Né en pleine mer au large des Baléares, Albert Champeau connut une vie de fluctuations et d’aventures. Puisqu’il faut bien vivre quelque part et mourir de quelque chose, il s’est établi un peu partout dans le monde comme une diaspora allumée, et surtout dans les îles, la tournée des grands-ducs : Long Island, Avallon, Rapa Nui, Calypso… Il y exercera toutes sortes de « petits » métiers. Tout un programme atypique et prédestiné.
Il a publié en octobre 2008 " Sentiment tropical sur l'infime" recueil de nouvelles, paru également chez BSC PUBLISHING Ed.